Statistiques et études INSEE : l’accentuation des écarts de revenus dans les grandes villes

Retrouvez une publication de l’INSEE dans la collection Insee Analyses N°79 (auteurs Mathilde Gerardin et Julien Pramil)

“Mesuré selon les revenus, le degré de ségrégation spatiale au sein d’une ville n’est lié ni à la taille, ni à la densité de sa population. Les grandes villes avec les degrés de ségrégation les plus élevés, où les personnes avec des revenus proches habitent les mêmes quartiers, partagent toutefois des caractéristiques communes : d’une part, les écarts de revenus entre les plus modestes et les plus aisés y sont les plus marqués et, d’autre part, les ménages modestes y perçoivent des revenus particulièrement faibles.

Quel que soit le niveau de ségrégation des villes, les populations les plus modestes et les plus aisées vivent dans des quartiers moins mixtes que celles aux revenus intermédiaires.

Entre 2004 et 2019, les disparités spatiales selon le revenu se sont accentuées dans la plupart des grandes villes : tous les groupes de revenus vivent dans des quartiers de moins en moins mixtes, à l’exception notable des populations les plus modestes.”

Quelques grands points y sont éclaircis :

  • Les grandes villes ne sont pas nécessaire les villes où les disparités spatiales de revenus sont les plus fortes;
  • Les villes où les inégalités de revenus sont plus fortes sont en général moins homogènes;
  • L’inégale répartition des populations les plus modestes au sein des villes, mais aussi des plus aisées, contribuent le plus à la ségrégation spatiale;
  • Plus de la moitié de la superficie des villes est constituée de quartiers où les personnes les plus aisées sont surreprésentées;
  • Entre 2004 et 2019, les disparités spatiales selon le revenu augmentent dans une grande majorité de villes;
  • Tous les groupes de revenus vivent dans des quartiers de moins en moins mixtes, à l’exception des populations les plus modestes;
  • La mixité dans les quartiers prioritaires a diminué entre 2004 et 2019.

 

Quelques précisions des auteurs :

  • Les grandes villes ne sont pas nécessaire les villes où les disparités spatiales de revenus sont les plus fortes : ces villes peuvent être un lieu de rencontre de populations aux revenus variés, même si ces personnes vivent dans des espaces différenciés.  Les villes sont plus homogènes lorsque l’on retrouve dans chaque quartier des habitants et habitantes avec des niveaux de revenus variés et représentatifs de la distribution des revenus de la ville. Pour exemple en Occitanie, la ville de Montpellier est globalement moins ségrégée que celle de Nîmes, pourtant plus petite, si l’on prend en compte le critère de revenu. Facteurs pouvant impacter le niveau de ségrégation : l’historique du développement urbain, les spécificités des marchés immobiliers locaux, les dessertes en transports, l’offre scolaire, la localisation des emplois et des équipements, ainsi que les interactions avec les villes environnantes.

 

  • Les villes où les inégalités de revenus sont plus fortes sont en général moins homogènes :  dans les faits, la ségrégation spatiale augmente avec les inégalités de revenus [Floch, 2018]. Le rapport interquintile est jusqu’à 2,2 fois plus élevé à Nîmes, qui fait partie des villes les moins homogènes en 2019, qu’à Quimper, ville parmi les plus homogènes en 2019. Il y a cependant des exceptions : par exemple, Rouen et Tours font partie des villes les moins homogènes tout en ayant un rapport interquintile relativement faible ; à l’inverse, les inégalités sont relativement marquées à Saint‑Étienne et Valenciennes, alors même que ces villes sont parmi les plus homogènes. Le niveau de revenu des personnes modestes est également un facteur marquant dans les villes les plus fortement ségrégées. Dans ces villes, 10% des habitants et habitantes déclarent un revenu annuel par unité de consommation inférieur à 3 300 en moyenne dans les dix villes les moins homogènes, contre 5 700 euros en moyenne dans les dix villes les plus homogènes.

    La politique en matière de logement social a directement un impact sur la mixité des quartiers : le nombre de logements sociaux, leur localisation et les critères d’attribution sont autant de facteurs à prendre en compte. La concentration du parc social en grands ensembles datant des années 1960 a créé des quartiers avec des habitants et habitantes à faibles revenus et peu représentatifs de la population de la ville dans son ensemble. Les auteurs soulignent tout de même qu’il existe néanmoins des villes avec une proportion importante de logements sociaux et un niveau de ségrégation relativement faible : c’est notamment le cas de plusieurs villes du nord de la France comme Lens, ou Dunkerque et Valenciennes dans une moindre mesure.

 

  • L’inégale répartition des populations les plus modestes au sein des villes, mais aussi des plus aisées, contribuent le plus à la ségrégation spatiale : quel que soit l’indice de ségrégation d’une ville dans son ensemble, les personnes dont les revenus se situent aux extrêmes de la distribution sont ceux qui vivent les plus concentrés spatialement ; cela se vérifie pour les 20 % les plus aisés comme pour les 20 % les plus modestes. À l’inverse, les individus ayant des revenus intermédiaires se répartissent de manière plus uniforme dans les villes étudiées. Sur la ville de Marseille, les quartiers modestes du nord de la ville et ceux bien plus aisés du sud sont aussi peu mixtes les uns que les autres.

 

  • Plus de la moitié de la superficie des villes est constituée de quartiers où les personnes les plus aisées sont surreprésentées : un quartier densément peuplé contribue davantage à la ségrégation globale de la ville. Les habitants et habitantes aisés vivent dans des zones moins denses que les plus modestes, contribuant relativement moins à l’hétérogénéité de la ville qu’un quartier modeste. Dans les villes étudiées, en moyenne plus de la moitié de la superficie est constituée de quartiers où les 40% des individus les plus aisés sont surreprésentés. A l’inverse, moins d’un quart de la superficie regroupe les quartiers où les 40% des individus les plus modestes sont surreprésentés.

 

  • Entre 2004 et 2019, les disparités spatiales selon le revenu augmentent dans une grande majorité de villes : Sur la période, 50 villes ont été étudiées. L’indice de ségrégation augmente dans plus de 30 d’entre elles. Il diminue cependant dans une 15aine de ville (Cannes, Amiens, Strasbourg, Valenciennes, Grenoble, Marseille)… Sur cette même période, la part des quartiers où l’on retrouve à parts égales tous les cinquièmes de revenus a reculé de 2.8 points, quand celle des quartiers où les plus aisés sont surreprésentés a augmenté de 2.1 points.

 

  • Tous les groupes de revenus vivent dans des quartiers de moins en moins mixtes, à l’exception des populations les plus modestes : dans plus de 9 villes sur 10, la ségrégation augmente pour les habitants appartenant aux deuxième et quatrième cinquièmes de revenus (figure 3). La hausse de la ségrégation concerne aussi les 20 % les plus aisés dans plus de 8 villes sur 10. Les 20 % d’habitants les plus modestes sont les seuls pour qui la ségrégation diminue dans davantage de villes qu’elle n’augmente. La ségrégation des individus appartenant au troisième cinquième de revenus diminue dans autant de villes qu’elle n’augmente.

 

  • La mixité dans les quartiers prioritaires a diminué entre 2004 et 2019 : la hausse des disparités spatiales selon le revenu s’explique principalement par la baisse généralisée de la mixité dans les différents quartiers et non par une augmentation plus rapide de la population des quartiers déjà peu mixtes par rapport aux autres quartiers. Le poids démographique de chaque quartier varie peu entre 2004 et 2019, alors que la mixité sociale au sein des quartiers diminue.

    Dans les quartiers prioritaires, le décrochage des revenus par rapport au niveau moyen de revenu de la ville s’accentue depuis 2004, avec dans ces quartiers une augmentation de la part des 40 % des habitants les plus modestes et une diminution de la part des 40 % les plus aisés. Les quartiers prioritaires sont donc devenus de moins en moins représentatifs de la population des villes dans leur ensemble : la mixité dans les quartiers prioritaires a baissé. Dans le même temps, leur population a augmenté nettement moins vite que la population des autres quartiers : la moitié des villes connaît une baisse d’au moins 15 % du poids démographique des quartiers prioritaires. De ce fait, malgré la baisse de leur mixité depuis 2004, les quartiers prioritaires ont contribué à diminuer l’indice global de ségrégation au niveau des villes dans plus de 4 sur 5 d’entre elles.

 

Pour avoir le détail méthodologique des enquêtes et consulter l’article complet, c’est par ici !

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